Honorable
Président de l’Assemblée
Nationale,
Honorable Membres du Bureau de l’Assemblée Nationale,
Honorable Députés,
Mesdames et Messieurs.
Ministre en charge du Budget général de l’Etat,
me voici pour la troisième année consécutive
devant vous, cette fois-ci pour présenter la Loi de Finances
2005 de notre pays. Après les budgets 2003 et 2004, c’est
avec espoir et un début d’optimisme que je vais
vous présenter le budget 2005 . Parler d’espoir
aux élus du peuple que vous êtes, c’est partager
avec vous la juste pensée du Président de la République,
Son Excellence Denis SASSOU NGUESSO, qui soulignait dans son
Message sur l’Etat de la Nation du 11 août 2004 que ‘Le
Congo va de mieux en mieux…’. Oui, au plan économique
et financier, les perspectives qui s’ouvrent aujourd’hui
au Congo et que nous avons le devoir, au nom de nos enfants et
petits-enfants, de ne pas gâcher, sont effectivement bonnes
et confirment l’évaluation faite par le Chef de
l’Etat lors de son message à la nation.
Honorables Députés,
Comme l’année passée, je me présente
aussi à vous avec retard par rapport aux délais
règlementaires. Ceci s’explique par le bouclage
tardif des négociations avec les Institutions de Bretton
Woods, surtout qu’il fallait absolument incorporer les
conclusions desdites négociations dans la présente
Loi de Finances. Je m’excuse et vous demande compréhension.
Le rituel établi veut que le Ministre en charge de l’Economie
et des Finances répondent à certaines questions
que se posent la société et les représentants
du Peuple (Première partie), avant d’aborder la
présentation proprement dite du Budget (Deuxième
partie). Je vais me conformer à ce rituel.
I. – REPONSES
AUX QUESTIONS
Voici les
cinq questions de cette année, certaines classiques
et d’autres nouvelles :
• Comment la Loi de Finances 2004 a été exécutée
?
• Où en sommes-nous avec les travaux sur les Lois
de règlement ?
• Quelle
est la base programmatique de ce budget ?
• Quelles sont les orientations et les priorités
de la Loi de Finances 2005 ?
• Quel est l’environnement économique international
et national du présent budget ?
A. – COMMENT LA LOI DE FINANCES 2004 A-T - ELLE ETE EXECUTEE
?
Globalement, la Loi de Finances 2004 a été bien
exécutée. Le taux de réalisation des recettes
non pétrolières a été de 96% en 2004
contre 85% en 2003. Le record revient aux recettes pétrolières
avec un taux de réalisation de 133,5% par rapport aux
hypothèses de la Loi de Finances 2004. Les dépenses
courantes prévues ont été ordonnancées
et payées, globalement, à hauteur de 100% et les
dépenses d’investissement sur financement interne
réalisées à hauteur de 93% sur une base
globale également. S’agissant des engagements sociaux
du Gouvernement tels que prévus dans le cadre de la Trêve
sociale II, c’est-à-dire la trêve qui couvre
la période Août 2003/Août 2005, tous seront
respectés, notamment avec le paiement en décembre
2004 des arriérés de salaires du mois de Décembre
1999.
Trois
interrogations ressortent de l’exceptionnel taux
de réalisation des recettes pétrolières, à savoir
: 1) Quel est le montant du surplus pétrolier réalisé ?
2) Le collectif budgétaire était-il nécessaire
? 3) Qu’a fait le Gouvernement de ce surplus ?
•
Quel est le montant du surplus pétrolier de l’exercice
2004 ?
Pour le calcul des recettes pétrolières de la Loi
de Finances 2004, les hypothèses suivantes avaient été retenues
: Production de pétrole (89,2 millions de barils), Prix
du baril congolais (24 dollars) et taux de change du dollar (1
dollar = 580 FCFA). La combinaison de ces facteurs donne des
recettes pétrolières de 378,7 milliards de
FCFA.
Compte tenu de la hausse des cours de pétrole, de la faiblesse
du dollar (qui est passé en dessous de la barre de 500
FCFA) et d’une production plus faible que prévu
(83,3 millions de barils au lieu de 89,2), le FMI et nos propres
services ont revu à la hausse les estimations de recettes
pétrolières pour 2004, qui ressortent désormais à 515
milliards de FCFA.
En
conséquence, l’estimation de la cagnotte pétrolière
pour l’année 2004 est donc de 136,3 milliards
de FCFA. • Cette cagnotte justifie – t – elle un collectif
budgétaire ?
Pour le Gouvernement et les partenaires extérieurs, la
réponse est sans ambiguïté : NON. En fait,
la réponse est la même qu’en 2003 : l’on
ne peut pas approuver un budget avec un déficit colossal
de 284,7 milliards et demander comment l’on a utilisé des
ressources supplémentaires de 136,3 milliards, une somme
deux fois inférieure à l’énorme trou
budgétaire proposé par le Gouvernement et autorisé par
le Parlement. Naturellement, le petit surplus a été englouti
par l’énorme trou.
Je propose
donc que nous examinions cette question dans le détail
en Commission pour la débattre en session plénière,
si les Députés le souhaitent ainsi.
Cependant,
c’est une obligation du Gouvernement de faire
rapport aux élus du peuple sur les points d’application
de cette cagnotte pétrolière et dont l’utilisation
ne nécessitait pas, à notre avis, la révision
de la Loi de Finances initiale.
• Comment le Gouvernement a-t-il utilisé le surplus
pétrolier ?
Les négociations d’un programme avec les Institutions
de Bretton Woods ont fortement influencé l’affectation
du surplus pétrolier. Avec les experts du FMI et après
négociations, tout en respectant le dispositif budgétaire
voté par le Parlement, l’affectation suivante du
surplus pétrolier a été arrêtée
(en milliards FCFA) :
a)-
Part affectée aux besoins internes : 70,9 52%
- Comblement du déficit (composante interne) : 21,8
16%
- Remboursement des avances bancaires : 9,7 7%
- Arriérés internes commerciaux et sociaux : 30,0 22%
- Arriérés des Ambassades : 6,4 5%
- Arriérés dus à la COFIPA : 3,0 2%. Toutes sont
des opérations de trésorerie par opposition à celles
qui requièrent l’autorisation du Parlement, c’est-à-dire
des nouvelles opérations budgétaires.
b)-
Part revenant aux créanciers extérieurs : 65,4
48%
- Banque Africaine de Développement (BAD) : 26,2 19%
- Union Européenne/BEI/FED : 4,0 3%
- Club de Paris, dette post-date-butoir 2003 : 18,8 14%
- Club de Paris, dette post-date-butoir 2002 : 12,8 9%
- Club de Paris, intérêts moratoires : 3,6 3%
------- ------
TOTAL GENERAL : 136,3 100%
S’agissant du mois de salaires en arriérés à payer,
le Gouvernement a choisi une ‘stratégie dite à rebours’ en
commençant par le mois de Décembre 1999 que les
services techniques maîtrisent mieux, de manière à se
donner du temps pour la reconstitution des mois antérieurs
pour lesquels la documentation de base a disparu ou a été détruite
du fait des conflits civils qui ont marqué ces mois. Par
ailleurs, il ne s’agit pas d’un treizième
mois qui sera payé, mais d’un mois d’arriérés
de salaires auxquels ont droit les seuls agents de l’Etat
qui avaient travaillé durant cette période et qui
n’avaient cependant pas touché leurs salaires pour
insuffisance de trésorerie publique.
En affectant
les ressources pétrolières supplémentaires
telles que nous venons de le voir, le Gouvernement a fait le
choix d’améliorer les perspectives de développement
du pays et a obtenu et compte obtenir les résultats ci-après
:
- Décaissement effectif des aides financières
mobilisées le 14 Septembre 2004 à Paris pour la
période 2004/2005 (443 millions de dollars ou 225 milliards
de FCFA) ;
- Normalisation des relations avec la Communauté financière
internationale dont le calendrier de traitement des dossiers
du Congo est le suivant : Conseil d’administration du FMI
pour l’approbation du programme FRPC du Congo (6 Décembre
2004 à Washington), Conseil d’administration de
la Banque Mondiale pour un Accord de prêt concessionnel
de 30 millions de dollars (7 décembre 2004 à Washington),
Conseil d’Administration de la BAD pour approuver un don
de 33,3 millions de DTS (ou 26 milliards de FCFA) et un appui
budgétaire concessionnel de 5,5 milliards de FCFA (8 et
13 décembre 2004 à Tunis),…etc.
- Passage au Club de Paris pour le 14-17 Décembre 2004
pour l’annulation partielle et le rééchelonnement
de la partie éligible de la dette estimée à 1750
milliards de FCFA.
- Enfin, après plusieurs années de bannissement,
les guichets des institutions suivantes s’ouvrent à nouveau à notre
pays : BAD, Fonds de l’OPEP, BADEA, BEI, FIDA,…etc.
Ceci est très important car les prêts consentis
par ces institutions le sont aux conditions douces, ce qui nous
permet de tourner le dos à l’endettement cher et
explosif actuel.
B. – OU EN SOMMES-NOUS AVEC LES TRAVAUX D’ELABORATION
DES LOIS DE REGLEMENT ?
Après la Loi de Règlement 2000 qui a été déjà approuvée
et promulguée, le Gouvernement a adopté le 15 Novembre
2004 le projet de Loi de Règlement de l’exercice
2001. Le Gouvernement poursuit ainsi laborieusement le rétablissement
de la production régulière des Lois de Règlement.
Comme le veut notre législation et comme l’avaient
souhaité les parlementaires en 2003, celle de 2001 sera
présentée au Parlement après examen par
la Cour des Comptes. S’agissant de la Cour des Comptes,
elle dispose désormais de tous ses effectifs après
les nominations des conseillers fonctionnaires le 15 novembre
2004. Sur financement de la Banque Mondiale, les aspects matériels
sont bien avancés et la Cour sera opérationnelle
dans deux mois maximum. C. – QUELLE
EST LA BASE PROGRAMMATIQUE DU BUDGET 2005 ?
Le
budget 2005 dispose d’une base programmatique claire à plusieurs
volets : a. Au plan
politique et de l’orientation générale,
la Loi de Finances 2005 s’inscrit dans le cadre de la Nouvelle
Espérance et du Message à la Nation du 11 août
2004 du Président de la République.
b.
Au plan opérationnel, trois documents fondamentaux
ont servi de base à l’élaboration du budget
2005 : le DSRP-I, proposé par le pays et approuvé par
les différents partenaires au développement ; la
Lettre d’intention et le Mémorandum de politiques économiques
et financières signés avec le FMI le 17 novembre
2004 à Washington. Le budget 2005 intègre donc
les résultats des négociations conclues avec le
Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et la
Banque Africaine de Développement.
Cette base programmatique sera complétée bientôt
par le PTIP 2005-2007 en élaboration déjà avancée
au niveau du Ministère en charge du Plan. D. – QUELLES
SONT LES ORIENTATIONS ET LES PRIORITES DU BUDGET EXERCICE 2005
?
Quatre grandes orientations marquent la Loi de Finances 2005
:
• Le renforcement des bases d’une croissance économique
saine et créatrice d’emplois par la poursuite des
réformes dans les principaux secteurs de l’économie
nationale (transport, télécommunications, etc.),
la poursuite de l’exécution du Programme de Sécurité Alimentaire,
de l’assainissement de l’environnement des affaires
et du renforcement des infrastructures économiques et
sociales.
• La lutte contre la pauvreté qui prend un contour
concret et décisif avec des objectifs précis du
DSRP-I et des chiffrages tout aussi précis repris dans
la Loi de Finances. Le Congo sera désormais jugé à partir
de sa capacité à allouer réellement les
ressources en faveur des secteurs pro-pauvres et à exécuter
les programmes sectoriels dans ces domaines. Les secteurs pro-pauvres
retenus sont : a) Santé de base et lutte contre le SIDA
; b) Education de base ; c) Infrastructures de base et désenclavement
; d) Electricité, eau et assainissement ; e) Désarmement
et réinsertion ; f) Protection sociale et emploi ; g)
Agriculture.
• La poursuite des grands travaux du septennat et l’accélération
des investissements, notamment dans les domaines ci-après
: a) assurer un approvisionnement régulier du pays en électricité (barrage
d’Imboulou, réhabilitation de Moukoukoulou, Centrale
thermique de Brazzaville, construction et renforcement du réseau
de distribution) ; b) renforcer les infrastructures publiques
et désenclaver les zones intérieures (réseaux
routiers et aéroports dont celui d’Ollombo), c)
améliorer les services sociaux de base (eau potable, écoles,
dispensaires,…) notamment dans le cadre de l’opération
tournante dite de ‘Municipalisation accélérée’.
• La normalisation des relations avec les créanciers
internes et externes, y compris également les ‘Fonds
Vautours’ qui ont racheté les dettes sur le Congo
au marché secondaire à vils prix et qui harcèlent
notre pays dans les tribunaux extérieurs. Une place spéciale
est faite à l’apurement des arriérés
internes durant les trois ans du programme avec le FMI. Les arriérés
sociaux seront payés progressivement, sans décote,
en fonction de la capacité de paiement de l’Etat.
Quant aux arriérés internes dus aux opérateurs économiques,
la stratégie de leur apurement qui sera transparente et
exposée préalablement auxdits opérateurs,
est en cours d’élaboration en étroite collaboration
avec la Banque Mondiale, avec comme date butoir d’entrée
en application septembre 2005. Vu les capacités de paiement
limitées de l’Etat, il y aura naturellement une
décote. Pour la crédibilité de cette stratégie,
des ressources budgétaires internes et externes appropriées
sont prévues dans le cadre du programme FRPC.
E. – QUEL EST L’ENVIRONNEMENT
INTERNATIONAL ET NATIONAL DU BUDGET EXERCICE 2005 ?
Le
budget 2005 s’élabore dans un contexte international
et national favorable. La croissance de l’économie
mondiale en 2005, quoiqu’en fléchissement par rapport à 2004,
reste solide à 4% en termes réels. Au plan national,
après 4,1% environ qui pourrait être réalisé en
2004, l’expansion économique en 2005 serait la plus
forte depuis la fin des conflits civils et s’établirait à 9,2%,
dont 17,4% du secteur pétrolier et 5,1% provenant du secteur
non pétrolier. En effet, du fait essentiellement du champ
on shore de BOUDI, la production de pétrole brut passerait
de 83,3 millions de barils (ou 11,4 millions de tonnes) en 2004 à 97,9
millions de barils (ou 13,3 millions de tonnes) en 2005, soit
un accroissement de 17,5%. Dans le secteur non pétrolier,
la croissance proviendra principalement du trafic plus régulier
entre Pointe-Noire et le reste du pays, des réalisations
dans le secteur agricole et forestier, du programme d’investissements
publics et d’importants projets privés ou mixtes. II. – PRESENTATION
ANALYTIQUE DU BUDGET 2005
Examinons
d’abord les dispositions fiscales et douanières
nouvelles de 2005, puis les grandes masses du budget 2005.
A. – NOUVELLES
DISPOSITIONS FISCALES, DOUANIERES ET DIVERSES DE LA LOI DE
FINANCES 2005
• Rétablissement de la TVA sur la farine importée
au taux de 18%, sans impact sur le prix de vente de la farine
aux boulangers et le prix du pain aux consommateurs car l’Arrêté n° 2140
du 15 mai 2002 restera en vigueur. En fait, c’est la marge
de l’importateur qui sera réduite par ce rétablissement
de la TVA ;
• Rétablissement du TEC sur le ciment importé en
sacs au taux normal de 20%, l’entrée en production
de la SONOCC à Loutété devant aider à stabiliser
le prix du ciment ;
• Rétablissement du TEC sur le ciment importé en
vrac au taux préférentiel de
5% ;
• Instauration d’un Prélèvement de
Solidarité Sociale (PSS) de 15% prioritairement destiné aux
Caisses de sécurité sociale. Ce prélèvement
frappera les émoluments et indemnités dits ‘fonctionnels’ et
sera perçu à la source par le Trésor public.
Les ressources globales (subvention et remboursement des arriérés
dus aux caisses de retraite) passent ainsi de 8,8 milliards à 12
,8 milliards du fait principalement du PSS ;
• Imposition selon les tarifs douaniers CEMAC des diamants
importés et réexportés, conformément
aux engagements pris vis-à-vis du Processus de KIMBERLEY
;
• Interdiction de contracter des emprunts gagés
sur la production future de pétrole. Cet interdit fera
désormais partie intégrante des Lois de finances,
celle de 2005 et les suivantes.
B. – ANALYSE
DES GRANDES MASSES DU BUDGET 2005.
Le projet
de budget de l’Etat pour l’exercice 2004
est arrêté en recettes et en dépenses à la
somme de 910,7 milliards de FCFA contre 883,5 milliards de FCFA
de prévisions en 2004, soit une augmentation de 27,2 milliards
ou 3,1% en valeur relative. Alors que les recettes totales croissent
de 42%, cette augmentation modérée du budget général
de l’Etat s’explique par la nécessité de
réduire au maximun le déficit budgétaire,
conformément aux exigences de la première année
du programme avec le Fonds Monétaire International (FMI)
et à l’option ferme prise par le Gouvernement de
poursuivre l’assainissement des finances publiques.
Ce budget
se décompose de la manière suivante
:
• Budget
de fonctionnement : 710,4 milliards en 2005 contre 694,3 milliards
en 2004.
• Budget d’investissement
: 200,4 milliards en 2005 contre 189,1 milliards en 2004.
B1. – BUDGET
DE FONCTIONNEMENT
Entre 2004
et 2005, les ressources de fonctionnement (ou ressources propres)
prévues au budget sont passées de 590
milliards à 843,6 milliards, soit une forte augmentation
de 43%. Comparées aux réalisations attendues de
l’année entière 2004, il ressort une augmentation
de 19,1%. Cette tendance s’explique essentiellement par
l’évolution en hausse des recettes pétrolières
qui passeraient de 378,7 milliards au budget 2004 à 624,1
milliards au budget 2005.
1. – Ressources
du budget de fonctionnement
Ces ressources
comprennent les recettes non pétrolières
(impôts et douanes), les recettes pétrolières
et les recettes de transfert.
a) – Recettes non pétrolières
Après une baisse de 1,9% en 2004 par rapport au budget
2003, les recettes non pétrolières sont prévues
en augmentation dans la Loi de Finances 2005 et devraient atteindre
219,3 milliards contre 211,1 milliards au budget précédent,
soit une hausse de 3,9%. Il s’agit d’une projection
réaliste qui tient compte, d’une part des recettes
additionnelles générées par le rétablissement,
sans impact sur les prix aux consommateurs, des droits et taxes
au cordon douanier sur la farine et le ciment, et d’autre
part de l’instauration du Prélèvement de
Solidarité Sociale (PSS) sur les émoluments et
indemnités dits ?fonctionnels?.
Pour atteindre
cet objectif de croissance de recettes non pétrolières,
d’autres mesures seront mises en œuvre dans le cadre
de Loi de Finances 2005 :
• Poursuivre la lutte contre la corruption et la fraude
fiscale et douanière lancée en 2003 ;
• Rendre totalement opérationnels les applicatifs
informatiques des impôts et des douanes dont les tests
en laboratoires, tous concluants, ont pris fin en 2004 (SYDONIA,
SYSTAF,…etc.) ;
• Etendre la couverture fiscale nationale (Bétou,
Enyellé, Souanké, Sembé et Loutété)
et renforcer le poste douanier de Nzassi ;
• Mener des opérations hardies de recouvrement
de la TVA auprès des entreprises d’Etat qui collectent
cet impôt mais ne le reverse pas au Trésor Public
(CFCO, SNE,….);
• Faire respecter avec plus de rigueur la Circulaire du
Président de la République sur l’unicité de
caisse en matière de recettes, particulièrement
dans les secteurs qui continuent de résister.
b) – Recettes pétrolières
Les recettes
pétrolières attendues pour 2005 s’élèvent à 624,1
milliards contre une prévision de 378,7 milliards au titre
de la précédente Loi de Finances. Celles du budget
2005 ont été évaluées sur la base
des paramètres suivants :
• Production
de pétrole
: 13,332 millions /T (soit 97,9 millions de barils)
• Prix du Brent : 33,3 $US/baril
• Prix moyen du brut congolais (décote
:2,2) : 31,1 $US/baril
• Taux
de change : 1 $US = 520 FCFA
En matière de dettes gagées sur la production
future de pétrole, la politique de désengagement
progressif adopté par le Gouvernement et qui est au centre
du programme négocié avec les Institutions de Bretton
Woods sera poursuivie en 2005 et les années suivantes.
A l’instar de 2003, le Gouvernement n’a pas contracté en
2004 des emprunts gagés sur le pétrole mais a continué à rembourser
les anciens emprunts contractés jusqu’en 2002. Par
conséquent, l’encours de la dette gagée du
Congo a évolué de la manière suivante :
281,2 milliards de FCFA en 2002 ; 200,9 milliards en 2003 ; 152,8
milliards en 2004 ; et la prévision de l’encours
en 2005 est de 119,3 milliards. L’objectif ultime est d’atteindre
l’encours zéro en l’an 2011.
c) – Recettes
de transfert
Elles sont
estimées à 150 millions pour l’année
2005 et correspondent aux ressources attendues de la marine marchande.
Par rapport aux budgets antérieurs, la forte baisse qui
ressort dans cette rubrique s’explique, d’une part
du fait de la comptabilisation désormais des dividendes
versés par la SNPC plutôt dans le poste ‘recettes
de service et de portefeuille’, et d’autre part en
raison du transfert au Trésor Public des produits antérieurement
perçus par la DGCRF.
2. – Dépenses
de fonctionnement
Les dépenses de fonctionnement se rapportent aux charges
de personnel et de matériel ainsi qu’aux charges
communes, de transfert, d’intérêts, de contribution à l’investissement
et du service de la dette.
a) – Dépenses
de personnel
La masse
salariale de l’Etat sera de 130 milliards en
2005, contre 124,5 milliards en 2004, soit un accroissement de
4,4%.
Cette évolution traduit principalement l’option
prise par le Gouvernement et les Institutions de Bretton Woods,
dans le cadre du DSRP-I et donc de la lutte contre la pauvreté,
de renforcer les effectifs des Ministères du ‘bloc
social’ (éducation, santé, affaires sociales,…etc.).
En effet, l’accroissement en valeur absolue de la masse
salariale est de 5,5 milliards et les principaux secteurs bénéficiaires
sont les suivants :
• Bloc éducation
: 2,0 milliards
•
Santé : 1,7 milliards
• Affaires sociales : 0,3 milliard
•
Recrutement des cadres de spécialité : 0,6 milliard
•
Autres départements : 0,9 milliard.
Sur les économies réalisées par ‘l’opération
rapatriement des diplomates’ et les sorties naturelles
liées aux départs à la retraite, il sera
financé la revalorisation des salaires des diplomates
congolais et le paiement des indemnités de fin de carrières.
La part des
dépenses pro-pauvres dans la masse salariale
passerait de 8,3% en 2004 à 8,6% en 2005.
b) – Dépenses de matériel
Après deux exercices de contrôle serré des
dépenses de matériel, une augmentation plutôt
appréciable a été retenue par la Loi de
Finances 2005, soit 18,9%. Le montant de ces dépenses
sera de 61,6 milliards en 2005 contre 51,8 milliards inscrits
au budget 2004. La hausse qui ressort ainsi est consacrée
pour l’essentiel aux dépenses pro-pauvres du DSRP-I
des Ministères de l’éducation, de la santé,
de la Défense et de la Sécurité. Pour les
autres dépenses, et particulièrement pour les chargées
liées aux missions de toutes sortes et aux événements
(fêtes, anniversaires, conférences, colloques…),
un dispositif nouveau et strict sera mis en place afin de les
maintenir sous contrôle par rapport aux sous-objectifs
retenus dans le programme.
Les dépenses pro-pauvres représenteraient
3,7% en 2005 contre 3,1% en 2004.
c) – Dépenses
au titre des charges communes
Dans la Loi
de Finances 2005, les charges communes sont prévues à 55,5
milliards, niveau comparable à celui de 2004.
Sur cette rubrique également, la part des dépenses
pro-pauvres retenue dans le budget 2005 sera de 2,9% au lieu
de 2,1% en 2004.
d) – Dépenses de transfert (hors contribution à l’investissement)
Les
dépenses de transfert passent de 117,7 milliards
en 2004 à 133,2 milliards en 2005, soit une hausse appréciable
de 13,2% qui traduit la volonté du Gouvernement d’asseoir
la décentralisation, de consolider la vie démocratique
par le fonctionnement effectif des institutions prévues à la
constitution, de modérer le coût des produits pétroliers
(input essentiel pour l’activité économique)
et d’intégrer les dépenses pro-pauvres. Au
niveau des transferts, les dépenses pro-pauvres représenteront
1,1% en 2005 au lieu de 0,1% en 2004.
e) – Dépenses d’intérêt dues
au système bancaire et autres charges financières
Les intérêts sur facilités ponctuelles des
banques locales et sur découvert permanent à la
Banque Centrale (161 milliards) ainsi que les charges financières
liées aux préfinancements et prépaiements
pétroliers sont inscrits au budget 2005 pour un montant
de 12,4 milliards, en net fléchissement par rapport à 2004
en raison de l’arrêt des préfinancements pétroliers.
Ce chiffre représente essentiellement les intérêts à verser à la
Banque Centrale (87%).
f) – Dépenses
au titre du service de la dette
Le service
de la dette prévu pour le budget 2005 est
de 317,7 milliards, en retrait comparé à celui
du budget 2004 qui était de 322,6 milliards, soit une
baisse de 4,9 milliards (-1,5%), en liaison principalement au
montant plus faible des échéances de la dette gagée
et de la dette multilatérale. Le
projet de budget 2005 intègre également une
provision au titre du service de la dette intérieure en
prévision de la mise en œuvre de la stratégie
d’apurement des arriérés intérieurs évoqués
précédemment.
B2 – BUDGET
D’INVESTISSEMENT
Le montant
des investissements arrêté de commun
accord avec les institutions de Bretton Woods et inscrit au titre
de la Loi de Finances 2005 est de 200,4 milliards, au lieu de
189,1 milliards prévues en 2004. Le financement des investissements
de 2005 se décline de la manière suivante :
• Ressources
propres : 141,5 milliards, soit 70,6%. Ces ressources proviennent
essentiellement de la contribution du
budget de fonctionnement (133,2 milliards) et de la PID (8,3
milliards).
• Ressources externes : 58,9 milliards, soit 29,4%. Contrairement
aux années antérieures où les ressources
extérieures étaient difficilement mobilisables à cause
de l’absence de programme avec les Institutions de Bretton
Woods, celles prévues en 2005 sont sûres car près
de 75% ont déjà traversé le cap de la mise
en vigueur des conventions ou ont donné lieu à des
conventions financières en cours de signature. Il convient
de rappeler qu’en 2003 et 2004, les financements extérieurs
ont permis de financer respectivement 17,7% et 14% des investissements,
contre une réalisation attendue de 29,4% en 2005. Toutes
les ressources attendues de l’extérieur en 2005
sont concessionnelles.
Dans le cadre
de l’Accord négocié avec les
Institutions de Bretton Woods, le programme d’investissements
publics financés sur ressources intérieures sera
dicté par les objectifs prioritaires reprécisés
par le Chef de l’Etat dans son discours sur l’Etat
de la Nation le 11 août 2004 et repris dans le DSRP-I (cf.
page 7).
Au titre
de la Loi de Finances 2005, les dépenses d’investissement
pro-pauvres représenteront 45% du total des investissements
financés sur ressources propres. Cette proportion est
d’environ 80% pour les investissements financés
sur ressources extérieures.
B3. – IMPASSE
BUDGETAIRE
L’impasse budgétaire de 2005 est de 58,8 milliards,
contre 284,7 milliards en 2004, soit une diminution de 225,8
milliards (-79,3%). En proportion du PIB, l’on reviendrait
de 13% en 2004 à 2,3% en 2005, en raison principalement
i) des règles du FMI qui imposent aux pays en programme
d’afficher un déficit budgétaire maîtrisé et
totalement finançable, ii) de l’augmentation des
recettes pétrolières, iii) et de la maîtrise
des charges par le Gouvernement qui rompt ainsi avec la pratique
de la hausse des dépenses de l’Etat simplement en
fonction de l’évolution conjoncturelle favorable
des cours du pétrole, autrement dit de la pratique des
dépenses pro-cycliques qui ont fait beaucoup de mal à l’économie
congolaise quand les cours de pétrole chutent.
Pour financer
ce gap, mais également pour apurer progressivement
les arriérés intérieurs et extérieurs,
le Gouvernement a retenu de recourir aux sources de financements
suivants :
• Utiliser le surplus éventuel des ressources internes
et notamment pétrolières qui pourraient se dégager
;
• Mobiliser les ressources nouvelles d’emprunt aux
conditions concessionnelles d’origine interne et externe,
surtout que toutes les portes financières internationales
s’ouvrent à nouveau au Congo ;
• Négocier des allègements de la dette intérieure
et principalement extérieure sous forme de rééchelonnement
et/ou d’annulation. /-
Brazzaville,
le 4 Décembre 2004 |