| MEFB - Diagnostic de la pauvreté |
| Chapitre 2- Diagnostic de la pauvreté La pauvreté au Congo peut être perçue à travers sa dimension monétaire et humaine, notamment le faible revenu et le faible accès de la population aux principaux services de base. Cependant, le manque de données statistiques récentes et fiables aujourd’hui hypothèque une vision claire du phénomène. L’élaboration du DSRP-I a révélé un déficit important en informations quantitatives. En effet, l’offre statistique au Congo se caractérise par une absence totale d’enquêtes standards: enquête démographique et de santé, enquête mortalité, enquête budget- consommation, etc. En outre, du fait de l’invalidation des résultats du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 1996, les informations socio- démographiques nationales disponibles sont anciennes. Les sources administratives ont été désorganisées du fait des conflits socio- politiques. Les seules informations disponibles sont parcellaires et insuffisantes, ce qui limite la capacité de mesure et d’évaluation de la pauvreté. 2.1. Perceptions de la pauvreté par les populations Malgré l'absence de données quantitatives appropriées sur le suivi du développement socio-économique du Congo, les consultations participatives conduites aux niveaux thématique, sectoriel et communautaire ont permis dans un premier temps de répondre aux besoins du DSRP intérimaire quant à l'analyse quantitative des secteurs et de la perception de la pauvreté. A l’issue des consultations participatives sectorielles, les perceptions qu’ont les principaux groupes de réflexion de la pauvreté, sont les suivantes : Gouvernance: L'impact de la pauvreté dans ce secteur se caractérise par: (i) le manque d'informations et de formation des acteurs; (ii) lne taxation excessive et désordonnée des activités économiques; (iii) l'existence d'une concurrence déloyale; (iv) l'impunité face à la gabegie, la corruption et la fraude; (v) le non respect de la chose publique et de la personne humaine. Education: La pauvreté est perçue dans ce secteur à travers: (i) l'insuffisance des allocutions budgétaires en faveur de l'éducation; (ii) l'analphabétisme; (iii) le manque ou l'insuffisance en ressources infrastructurelles, humaines, financières et documentaires, (iv) les difficultés d'accès à l'éducation des enfants; (v) la dégradation accentuée des valeurs morales et éthiques. Santé: La pauvreté est perçue dans ce secteur à travers: le faible accès aux services et à des soins de santé de qualité; (ii) le manque d'infrastructures sanitaires, d'hygiène et d'assainissement; (iii) la recrudescence de la malnutrition et une alimentation de mauvaise qualité; Protection sociale: La pauvreté est caractérisée par : (i) l'effritement de la solidarité humaine traditionnelle et de l'absence d'un mécanisme institutionnel de partage et de prise en charge collective ;(ii) l’absence d’un mécanisme institutionnel de partage et de prise en charge collective des risques sociaux de type « sécurité sociale », réellement protectrice et réparatrice. et (iii). des comportements de survie qui vont de la main tendue à la démission face aux responsabilités familiales, en passant parfois par des attitudes agressives. Genre: La pauvreté est perçue comme : (i) la faiblesse des moyens d'action des femmes relative à l’amélioration de leur cadre de vie et de leur statut social et (i) la difficulté d'accès des femmes aux ressources productives (crédit, terre, intrants) et aux services sociaux (éducation, santé…). Infrastructures: La pauvreté dans ce secteur se caractérise par: (i) l'insuffisance en infrastructures d'appui au développement; (ii) le manque d'infrastructures routières, énergétiques et hydrauliques; (iii) la difficulté d'accès à l'habitat. Emploi: La pauvreté est perçue dans ce secteur comme: (i) l'aggravation du chômage; (ii) la faiblesse du capital humain particulièrement dans le secteur rural; (iii) le développement exponentiel de l'informel délictueux; (iv)la précarité de l'emploi et la pénurie de main d'œuvre qualifiée. Economie: Dans ce secteur, la pauvreté se manifeste par: (i) la faiblesse de la croissance économique; l'accès difficile au crédit; (iii) la baisse du pouvoir d'achat. En somme, la pauvreté est perçue comme: (i) l'absence de revenus; (ii) l'incapacité d'accéder à des services collectifs aussi élémentaires que l’éducation de base, les soins de proximité, l'électricité ou l'eau potable; (iii) la mauvaise gouvernance, la corruption et le sentiment d'être tenu à l'écart des réflexions et des décisions au niveau local ou national et (iv) l'indifférence de l'Etat vis à vis des problèmes des populations 2.2. Caractéristiques de la pauvreté La faiblesse des données statistiques disponibles ne permet pas d’avoir une idée précise de l’ampleur et des caractéristiques de la pauvreté au Congo. Le diagnostic de l’état actuel de la pauvreté monétaire et humaine du pays est en effet basé sur des données partielles qui proviennent de sources diverses7. La situation qui est décrite plus loin s’appuie donc sur une base statistique et analytique insuffisante. Le diagnostic sera toutefois renforcé par des études et des enquêtes complémentaires qui seront réalisées dans le cadre du DSRP final. L'Enquête Congolaise auprès des ménages (ECOM) en cours dont les résultats du volet QUIB sont attendus en avril 2005, l'EDS actuellement en préparation, permettront également d’établir un profil de pauvreté fiable. 2.2.1. Pauvreté monétaire La pauvreté monétaire traduit une insuffisance de revenus qui limite fortement les possibilités de consommation. Depuis l’étude de la Banque Mondiale réalisée en 1996 qui estimait à 70%8 la proportion de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, trois (3) études menées entre 1998 et 2003 ont tenté, de manière partielle, d’évaluer le niveau de pauvreté en milieu rural, semi rural et urbain. Selon ces trois études, l’incidence de pauvreté (c’est-à-dire la proportion de personnes pauvres) se situerait autour de 50% au Congo, quelles que soient l’année étudiée et la méthode utilisée. Le PIB par tête d’habitant, qui est passé de 1100 US$ en 1990 à 630 US$ en 20019 est un autre indicateur qui traduit la dégradation de la situation au cours des dix dernières années. L’accentuation de la pauvreté est essentiellement due aux guerres qui ont détruit le tissu économique, aux mauvaises politiques économiques et au mode de gestion déficient des affaires publiques. La situation s’est aggravée partout et plus encore dans des départements comme le Pool, qui ont été les plus durement touchés par la guerre et ses effets collatéraux. Parmi les autres facteurs qui ont contribué à dégrader la vie des populations congolaises figure la dévaluation du FCFA intervenue en zone franc en 1994 qui a renchéri les prix des produits alimentaires et des services publics. Les services de contrôle n’ayant pu freiner la hausse des prix des biens de première nécessité, le taux d’inflation est passé de 4,9%10 en 1993 à 42,4% en 1994, pour s’établir à 9% en 1995 et à 10,2% en 1996. Ce qui correspond à une augmentation cumulée des prix de 71% entre 1994, année de la dévaluation du FCFA et 1996. La production nationale n’ayant pas pu prendre le relais des importations, le pouvoir d’achat des ménages s’est donc dégradé. Aucune mesure compensatoire n’ayant été prise, les fonctionnaires congolais ont vu leurs salaires diminuer de 27,5%. Par ailleurs, l’économie congolaise étant peu diversifiée, l’impact positif attendu de la dévaluation sur la croissance économique et les finances publiques ne s’est donc pas produit. 2.2.2. Pauvreté humaine La pauvreté est un phénomène multidimensionnel qui touche inégalement les groupes socio-économiques et les différents départements du pays. Elle est intensive et extensive en raison de l'apport migratoire étranger incontrôlé. 2.2.2.1. Faible accès aux services sociaux S’agissant de l’accès des populations aux services sociaux, le Programme Intérimaire Post-Conflit 2002 a fait le constat suivant : (i) la faiblesse des services de santé, d’assainissement et d’éducation de base a contribué à abaisser le niveau de vie des populations et aggravé la pauvreté ; (ii) la dégradation du milieu physique s’est traduite par une recrudescence des maladies endémiques (paludisme, maladies respiratoires et diarrhéiques, fièvre typhoïde, parasitoses intestinales et dermatoses surtout chez les groupes défavorisés). En outre, malgré l’importance des investissements qui ont été consacrés à la lutte contre le Sida, dans le programme post-conflit, le taux de prévalence du VIH/SIDA est resté élevé. 2.2.2.1.1. Faible accès aux services de l'éducation Alors qu’il figurait parmi les pays africains les plus scolarisés dans les années 80, le Congo a vu ses taux de scolarisation baisser et la qualité de son système éducatif se détériorer. En effet, au niveau de l'éducation de base, le taux brut de scolarisation (TBS) qui n'était que de 33 % en 1960 est passé à 100 % en 1978 pour grimper jusqu'à 121 % en 1984 et 126 % en 1990. Toutefois, suite notamment aux différents conflits armés qui sont intervenus dans les années 90, le TBS a progressivement décliné, passant à 107 % en 1996 pour tomber à seulement 49 % en 1999. Plusieurs causes expliquent cette situation: (i) le renchérissement du coût de la scolarisation qui limite l’accès des familles pauvres aux services éducatifs; (ii) l’insuffisance et la dégradation des infrastructures et des équipements scolaires; (iii) le départ du personnel enseignant vers des secteurs plus rémunérateurs; (iv) la baisse du niveau de qualification des enseignants; (v) le faible niveau des dépenses d’investissement comparativement aux frais de fonctionnement (personnel) ; (vi) le faible taux d’encadrement de la petite enfance et (vii) l’imposition d’une cotisation aux familles par les Associations de parents d’élèves. Les chiffres indiqués dans le tableau ci-dessous illustrent bien la situation en matière de dépenses d’éducation. Tableau n°1: Evolution du budget de l’éducation en rapport avec le budget national (en
Millions de F CFA)
Outre les causes évoquées plus haut, on note également: (i) l’inadéquation formation-emploi; (ii) le déséquilibre entre les sexes au niveau du secondaire, qui est dû aux taux d’abandon élevés chez les filles; (iii) la carence du cadre statistique qui ne permet pas de prendre des décisions appropriés; (iv) le désengagement de l’Etat du secteur éducatif, qui contribue à réduire les chances de réussite des enfants issus des milieux démunis et (v) la non-introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’absence d’une assistance sociale en milieu scolaire. A partir de l’année 2000, avec le retour progressif de la paix, les enfants ont repris le chemin de l’école. En 2002, le TBS était estimé à 78 %, avec toutefois un écart de 4 à 6 points en défaveur des filles, notamment dans les zones rurales. Le taux d'inscription dans les centres d'éducation préscolaire, pour sa part, est très faible, stagnant à moins de 5 %. Seuls les enfants issus de catégories sociales aisées en milieu urbain bénéficient de l’encadrement pré-scolaire. L'éducation des enfants est donc fortement liée au revenu des parents. En matière d'alphabétisation, les efforts déployés ont fait passer le taux d'alphabétisation de 32,1 % chez les hommes et de 13,2 % chez les femmes en 1990 à respectivement 71,6 % et 48,2 % en 1998. Toutefois, ces dernières données sont inférieures aux taux moyens des pays en développement (80,3 % pour les hommes et 64,5 % pour les femmes). Ainsi, malgré les efforts accomplis, 40,5 % des Congolais sont encore analphabètes et les femmes sont les plus touchées par l’analphabétisme (51,8 %). Dans l'ensemble,
on relève une assez faible couverture spatiale en infrastructures
scolaires, une baisse de leur nombre et leur forte concentration dans
les centres urbains. Dans les zones rurales, l'éloignement des
écoles des lieux d'habitation (en moyenne une école primaire
dans un rayon de 14 km) limite l'accès à l'éducation
à beaucoup d'enfants. Malgré la garantie du droit à la santé (protection de la santé des individus et droit à l’accès de chacun aux soins de santé) stipulée par la loi fondamentale de la République du Congo et l’existence d’un réseau étendu et dense des structures sanitaires, les performances de ce secteur ne sont pas satisfaisantes. L’offre des services de santé s’est dégradée qualitativement et quantitativement en raison de : (i) la fermeture, la dégradation et la destruction de plusieurs infrastructures sanitaires, notamment en milieu rural et la vétusté du matériel bio-médical et médico-technique; (ii) l’absence quasi permanente de médicaments et de consommables; (iii) l'insuffisance de personnel qualifié et de politique de recyclage; (iv) la faiblesse du partenariat avec les ONG et le secteur privé ; (v ) la mauvaise répartition des ressources humaines ; (vi) les croyances (sorcellerie, superstition) ; (vii) l’application partielle de la politique nationale de santé et du plan de développement sanitaire. A ceci, s’ajoutent l'absence de médecins dans les centres de santé intégrés urbains et l'indisponibilité des spécialistes médico-techniques. En outre, les prestations des privés sont onéreuses et ces derniers ont tendance à détourner les patients des laboratoires et formations sanitaires publics au profit de leurs laboratoires et cabinets privés. Ces insuffisances notoires, conjuguées à la dégradation des conditions d’hygiène et d’assainissement et de l’environnement, expliquent en partie la persistance de certaines maladies telles que le paludisme (première cause de morbidité et de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans), les infections respiratoires aigües, le VIH/SIDA et la tuberculose. Elles sont également à l’origine de la recrudescence des foyers endémiques de lèpre, de pian, d’onchocercose et de l’émergence de certaines maladies telles que la fièvre hémorragique à virus EBOLA, le monkey POX, l’ulcère de BURULI ou la tripanosomiase. Un Programme National de Développement Sanitaire (PNDS) couvrant la période 1992-1996 a été adopté. Ses objectifs étaient : (i) d’améliorer l’état de santé de la population par le renforcement du système de santé de district; (ii) de développer la couverture sanitaire nationale pour fournir à au moins 80% de la population des soins de santé primaires de qualité avec leur entière participation et (iii) de renforcer les capacités nationales de gestion du système de santé. Toutefois ce programme n'a pu être exécuté de manière satisfaisante en raison d’une part, des troubles socio-politiques et, d’autre part, de son caractère trop ambitieux au regard des ressources mobilisables par le pays. La couverture vaccinale pour les six maladies du programme élargi de vaccination (PEV) qui pouvaient être évitées, est passée de 90% dans les années 90 à moins de 50% en 2000. Cette baisse place le Congo en dessous de la moyenne sous-régionale et régionale. La baisse de l’espérance de vie à la naissance est révélatrice d’une mortalité générale, mais surtout infantile et maternelle encore très élevée (mortalité générale : 14,6 pour mille, mortalité infantile : 81 pour mille, mortalité maternelle : 1100 pour cent mille naissances vivantes) et d’une pauvreté grandissante. Le SIDA est devenu un grave problème non seulement de santé publique, mais également de développement. En 2004, la prévalence nationale du VIH/SIDA est de 4,2%. Ce taux cache toutefois des disparités entre les grandes villes où les taux varient entre 5% et 10% et peuvent atteindre 20% chez les prostituées. Les disparités tiennent à l’inégale répartition des structures sanitaires et des personnels de santé qualifiés sur le territoire national, les villes étant mieux loties que les zones rurales. 2.2.2.1.3 Faible couverture sociale Le Congo sort d'une longue décennie de crises socio-politiques et de conflits armés, qui ont eu pour conséquence l'apparition de phénomènes sociaux nouveaux, notamment dans les villes, où la précarité est plus marquée qu’en zone rurale, comme les enfants de la rue, les enfants soldats, les filles mères, les enfants traumatisés de guerre ou les déplacements massifs de populations... L'effritement de la solidarité familiale et le dysfonctionnement des structures sociales ont, en effet, influé négativement sur la prise en charge des couches vulnérables. Il en résulte une nette augmentation du nombre de personnes nécessitant des mesures spéciales de protection. Face à cette situation, un Ministère des Affaires Sociales, de la Solidarité, de l'Action Humanitaire, des Mutilés de Guerre et de la Famille et un Haut Commissariat à la réinsertion des jeunes ont été créés dans le but d'aider ces personnes en difficulté à se réinsérer professionnellement et socialement. Il n'existe encore aucune étude permettant d'évaluer l'action de ces deux départements ministériels. Quoi qu'il en soit, le déficit de couverture sociale est manifeste. L'enquête CAP sur les soins au jeune enfant atteste que 87,1 % des enquêtés reconnaissent que la prise en charge des enfants handicapés est assurée par la famille et 77,4 % des avis exprimés approuvent cette pratique pour les enfants orphelins et abandonnés. Concernant la sécurité sociale, la situation est caractérisée par un déficit chronique des caisses et l'irrégularité du paiement des pensions. Un phénomène lié au faible taux de recouvrement des créances, à la non reconstitution des fichiers employeurs et pensionnés ainsi qu'à l'absence de véritables états comptables et financiers. Les personnes de 3e âge sont abandonnées aussi bien par les familles que par les pouvoirs publics, malgré l'existence d'une disposition constitutionnelle qui les protège (art. 30 de la constitution 2002). Ainsi les familles se désengagent de plus en plus de leurs responsabilités, à cause notamment de la dégradation du pouvoir d'achat et de préjugés sociaux négatifs. Les établissements médicaux et sociaux de prise en charge sont quasi inexistants ou inopérants. 2.2.2.1.4 Faible accès à l'emploi La situation catastrophique de l'emploi et les problèmes qui en découlent notamment pour les jeunes résultent d'une part de la mauvaise gestion des entreprises publiques, de la mise en œuvre de politiques socio-économiques inadaptées, des programmes d'ajustement structurel engagés à partir de 1985 et, d'autre part, des conséquences des guerres récurrentes qui sont intervenues dans le pays au cours des années 90. Le rétrécissement du marché du travail dans tous les secteurs de l'économie qui limite les possibilités d'accès des Congolais à des revenus, s’est traduit par une montée du chômage, particulièrement chez les jeunes. Il est aujourd'hui difficile de quantifier l'ampleur du chômage, faute de données nationales fiables. Toutefois, en 1994, le taux de chômage, estimé à 30,9% , donne des indications suffisamment claires sur l'étendue de la crise de l'emploi au Congo. De plus, l'analyse de l'évolution de l'emploi montre un écart important entre d’une part l'augmentation de la population active et les emplois disponibles, et entre l’offre émanant du secteur public et celle du secteur privé. Entre 1984 et 1992, le repli du nombre des emplois a été vertigineux. Ainsi au cours de cette période, quelque 23.700 emplois ont disparu. Plusieurs facteurs expliquent aussi bien la faible capacité du système productif congolais à générer des emplois que les obstacles rencontrés par les jeunes pour accéder au marché du travail : (i) la faible diversificationde l’économie et le faible dynamisme des opérateurs ; (ii) la gestion administrée du marché du travail ; (iii) l'échec des politiques d'ajustement structurel ; (iv) l'inadéquation entre la formation et l'emploi et (v) l’inefficacité des investissements publics. L'informel constitue donc une solution alternative au chômage. Ce secteur qui connaît une forte expansion, particulièrement dans les grandes villes où se concentre la majorité de la population active, ne résout pas pour autant le problème de l’emploi. Il se heurte en outre à l’indifférence des pouvoirs publics, au manque d’organisation et de qualification de ses acteurs et à une piètre considération sociale. Les femmes, les handicapés et particulièrement les jeunes qui n’ont aucune formation professionnelle, sont les plus touchés par le chômage. 2.2.2.1.5 Faible prise en compte de la dimension genre Les femmes sont les plus touchées mais aussi les plus exposées au phénomène de la pauvreté. La mauvaise gestion des entreprises publiques, la mise en œuvre de politiques socio-économiques inadaptées, les programmes d'ajustement structurel et les guerres à répétition que le pays a connues au cours de la décennie 90 ont fortement aggravé le phénomène, surtout chez les femmes veuves qui sont devenues chefs de ménage sans avoir pour autant pu accéder à des ressources viables. Bien que les femmes représentent 52%32 de la population totale et assurent la majeure partie de la production agricole, et que leur rôle socio-économique soit déterminant, leur influence dans la vie sociale et politique est quasi-nulle. Elles sont sous-représentées dans les sphères de décision, peu alphabétisées et particulièrement vulnérables face au VIH/SIDA. Cependant, la dimension genre ne saurait se limiter aux seuls désavantages dont les femmes sont victimes, en particulier: (i) l’analphabétisme; (ii) le faible niveau d’instruction; (iii) la mauvaise santé maternelle et (iv) l’accès limité au crédit. Le genre est un concept qui renvoie aux rapports sociaux entre l'homme et la femme sur les plans politique, économique, social et culturel. Les inégalités entre les sexes nuisent au bien être des populations et entravent le développement. La prise en compte des questions de genre dans la lutte contre la pauvreté constitue donc une un enjeu qui peut avoir des effets démultipliés sur les autres secteurs. Au delà de la question de justice sociale, l’intégration transversale du genre dans tous les secteurs est un enjeu de développement. « Les inégalités entre femmes et hommes sont coûteuses non seulement pour les femmes, mais également pour les enfants et de nombreux hommes. Elles se traduisent par la baisse de la production (PIB), un faible niveau de développement des ressources humaines, des loisirs et un bien-être moindre »33. De même, « les disparités entre femmes et hommes imposent des coûts de développement ».34 Il est aussi établi
que la réduction et la suppression des disparités et des
inégalités entre femmes et hommes l’investissement
dans les activités menées par des femmes ainsi qu’une
meilleure reconnaissance de leurs droits permettent d’améliorer
la qualité de la vie, de réduire la mortalité infantile
et maternelle, la propagation du VIH/SIDA et la pauvreté. Ainsi, pour une meilleure intégration de la femme dans la vie publique, le gouvernement entend améliorer leur participation et leur représentativité à tous les niveaux, depuis les instances de décision jusqu’à la gestion de la chose publique. 2.2.3. Faible accès aux infrastructures de base L’accès aux infrastructures de base et aux services est analysé dans le domaine des transports, de l’énergie et de l’hydraulique, des télécommunications et des communications ainsi que des services financiers en raison de l’impact qu’ont ces secteurs sur le développement économique et les conditions de vie des populations. 2.2.3.1. Les transports Selon le diagnostic du Plan National des Transports (PNT), l’inadéquation entre les objectifs visés et les moyens alloués ainsi que le manque de cohérence dans la construction et la répartition des infrastructures et des équipements de transport ont contribué à l’effondrement du secteur. Du coup, les secteurs productifs de l’économie se sont dégradés. Cette situation a été aggravée entre 1993 et 1999, par les conflits armés successifs. 2.2.3.1.1. Les infrastructures de transport Le réseau routier, long de 17.300 km environ, est peu développé. Il comprend: (i) 1.875 km de routes nationales; (ii) 3.575 km de routes préfectorales; (iii) 2.530 km des routes d’intérêt local; (iv) 9.300 km de routes non classées; et (v) 1.235 km de routes bitumées pour moins de 5% de routes en terre. En matière d’exploitation et d’administration routière, les principaux problèmes rencontrés sont l’insuffisance d’entretien des routes et des pistes agricoles ; l’entrave à la circulation des personnes et des biens ; le manque d’infrastructures d’appui (gares routières, stations services, garages, entrepôts), les taxations multiples et abusives ; le manque d’équipements et de matériels de contrôle technique. Le réseau fluvial est constitué du fleuve Congo et de ses principaux affluents ainsi que de plusieurs cours d’eaux secondaires. Non navigable au sud de Brazzaville, le fleuve Congo constitue un des éléments-clefs du réseau de transport du pays et forme avec l’Oubangui l’ossature de l’axe trans-équatorial. Les principaux problèmes rencontrés dans le domaine des voies navigables, ports et transports fluviaux sont : le mauvais état des voies, des infrastructures et des unités flottantes des équipements portuaires, l’inondation des villages riverains du bassin du Congo, la faible capacité technique des services et les taxations multiples et abusives. Le réseau ferroviaire comprend une ligne principale, longue de 510 km, qui relie Brazzaville à Pointe-Noire, en majeure partie à voie unique, dont une section de 91 km mise en service à partir de 1984 et une ligne peu utilisée de 285 km entre Mont Bélo et la frontière Gabonaise. Déjà défectueux avant 1997, le réseau a été fortement endommagé pendant les conflits armés. Les plates formes de nombreuses sections de voies et certains ouvrages d’art (ponts, viaducs) sont dégradés, le ballast est en mauvais état, voire inexistant par endroits, et d’importants tronçons doivent être réhabilités. Malgré les efforts entrepris par le Gouvernement au sortir des guerres, la situation est caractérisée par : (i) le mauvais état des voies et des infrastructures ; (ii) l’insuffisance du matériel de traction et de remorques, (iii) la pénurie en personnel technique et de services ; (iv) l’insécurité des personnes et des biens et (v) l’inexistence de réseau ferroviaire dans la partie septentrionale. Les infrastructures du port maritime de Pointe-Noire sont dans un état relativement acceptable. Toutefois bien que fonctionnel, le port doit être réorganisé, son accès et ses réseaux doivent être réhabilités. Dans le domaine des transports maritimes, les principaux problèmes sont: (i) la lourdeur et la lenteur des formalités administratives ; (ii) les taxations multiples et abusives et (iii) l’absence de moyens logistiques de surveillance maritime et de lutte contre la pollution. Les aéroports internationaux de Brazzaville et de Pointe-Noire nécessitent des investissements au niveau des pistes et des aérogares ou des zones de fret, ce qui permettra d’améliorer la qualité des services. La plupart des aérodromes secondaires sont en mauvais état et posent des problèmes de sécurité. Globalement, la situation se caractérise par : (i) une flotte insuffisante et vétuste ; (ii) des infrastructures dégradées et insuffisantes, (iii) un déficit en aides à la navigation (iv) des services de mauvaise qualité ; (v) des tarifs prohibitifs ; (vi) le non respect de la réglementation et (vii) l’insuffisance de la couverture et de l’exploitation des données météorologiques. 2.2.3.1.2. Faible accès aux services de transport La qualité des services de transport est à la hauteur de l’état des infrastructures. Les structures nées de l’ancienne « voies navigables, ports et transports fluviaux » sont déficitaires sur le plan financier du fait de la mauvaise gestion et des charges élevées de personnel. En outre, cette situation a été aggravée par les destructions et les pillages occasionnés par les guerres. Le transport routier de personnes et de marchandises est assuré par de petits artisans qui opèrent dans un cadre totalement informel et disposent d’une organisation sommaire. Arrêté depuis la guerre de 1998, le service ferroviaire entre Pointe-Noire et Brazzaville est en pleine reprise. Il se caractérise par une absence de confort, de ponctualité et de sécurité. La vitesse est limitée à cause du mauvais état des voies et du nombre élevé de gares, la capacité de transport est réduite, les télécommunications sont défectueuses et le matériel roulant très peu disponible. A ce jour, le trafic est partiellement rétabli entre Pointe-Noire et Brazzaville. D’importants efforts doivent être entrepris pour offrir un service convenable. Entre Brazzaville et Pointe-Noire, la principale liaison du pays, le transport aérien est assuré par des entreprises privées, récemment constituées. Il est tout juste satisfaisant. Les aérodromes secondaires, pour leur part, ne sont desservis que de façon sporadique. La sécurité y est à peine assurée et certains aérodromes ne disposent même pas d’aérogare. Dans l’ensemble, la dégradation des infrastructures de transport, due au manque d’entretien et aux multiples conflits armés, a contribué à la rupture des relations entre les villes et les campagnes et donc à l’isolement des producteurs agricoles et des forestiers. Cette situation a contribué non seulement à démotiver les paysans qui sont réduits à pratiquer une agriculture de subsistance, mais également à la disparition des intermédiaires commerciaux, ce qui s’est traduit par des pertes d’emplois et de revenus. L’état déplorable du système de transport congolais a également favorisé le détournement du trafic de marchandises vers d’autres destinations, notamment vers le Cameroun. En effet, les opérateurs de la filière bois du nord du Congo, qui assuraient 30 % du trafic du CFCO (Chemin de fer Congo-Océan), font évacuer leurs productions par le Cameroun, en dépit des surcoûts que cela peut représenter. Aujourd’hui, le trafic en provenance ou à destination des pays de la sous-région ne représente plus que 5% du trafic du port de Pointe-Noire, contre 70% en 1970. Ce dernier est à moins de 20% de son niveau de 1980. 2.2.4 Faible accès à l’Energie et Hydraulique Le Congo dispose d’énormes potentialités hydroélectriques et gazières, qui sont évaluées respectivement à 2.500 MW et 120 milliards de m?. Toutefois seuls les sites hydroélectriques de Moukoukoulou (74 MW) et du Djoué (15 MW) sont exploités. La production d’énergie électrique est également assurée par des mini-centrales diesel, installées dans la plupart des chefs-lieux de départements et quelques districts, dont la puissance varie entre 100 et 1.000 KVA, et par la centrale à gaz de Pointe-Noire, d’une capacité d’environ 25 MW. La partie septentrionale du pays est équipée en groupes électrogènes. D’une manière générale, les groupes électrogènes sont présents dans tout le pays et d’autant plus indispensables que les pannes et les délestages sont fréquents. La pénurie en électricité est due : (i) au manque de combustibles et de pièces de rechange; (ii) à la vétusté et à la destruction des infrastructures pendant les troubles socio-politiques et (iii) la mauvaise gestion financière et des ressources humaines de la SNE. La production nationale étant insuffisante, le Congo importe de l’électricité de RDC. Ces importations permettent de couvrir 50 % des besoins du pays. Toutefois, l’offre actuelle reste très inférieure aux besoins réels. L’insuffisance en électricité constitue un véritable frein à la réalisation de projets et à l’éclosion de toutes sortes d’activités. L’analyse de la situation du secteur de l’eau potable et de l’assainissement met en évidence la précarité des conditions d’approvisionnement des populations aussi bien en milieu urbain qu’en zone rurale. Ceci est dû principalement à l’état de vétusté avancé d’une bonne partie des équipements et à l’absence d’une politique de gestion de l'eau. Dans l’ensemble des localités desservies par la SNDE, le rendement du réseau est faible, le système de facturation inefficace et le recouvrement des factures insuffisant. 2.2.5 Faible accès aux Télécommunications et communications En matière de télécommunications, le Congo se caractérise par une très faible densité de lignes téléphoniques fixes (moins d’une ligne pour 100 personnes) et par une tarification très élevée, ce qui en fait un des pays les chers de la sous-région. Le réseau postal est également très déficient. Depuis 1997, l’installation de trois opérateurs de téléphonie mobile a toutefois permis d’assurer la desserte des grands centres urbains. Un programme de restructuration du secteur des postes et télécommunications est en cours. Le secteur de l’information
et de la communication souffre d’un sous-équipement et
d’une mauvaise gestion des ressources humaines. En outre, les
structures de communication sont inégalement réparties
sur le territoire national, puisque les quelques médias qui existent
sont concentrés dans les grandes villes. Les difficultés d’accès des journalistes aux sources d’informations et aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication expliquent, entre autres, l’inadéquation du contenu de l’information par rapport aux attentes de la population. La carence des structures de communication est entretenue par le manque de ressources aussi bien humaines que financières et matérielles et par l’insuffisance des instruments juridiques dans le domaine de la communication. En outre, elle a été aggravée par les conflits armés qui ont occasionné la destruction de nombre d’infrastructures de communication et par le VIH/SIDA qui est à l’origine de la perte des personnels qualifiés, de la baisse des rendements, du ralentissement du transfert des compétences et qui occasionne la stigmatisation et la discrimination des personnels affectés. 2.2.6 Faible accès aux services financiers En matière d’accès aux services financiers, force est de reconnaître que le système bancaire congolais a connu une crise importante caractérisée d’une part par la fermeture de la Banque Commerciale Congolaise (BCC) et de la Banque Nationale pour le Développement du Congo (BNDC), et d’autre part, par les difficultés de trésorerie de la plus part de celles qui ont survécu, telles que l'Union congolaise des Banques (UCB), la Banque Internationale pour le Développement du Congo (BIDC) et le Crédit pour l'Agriculture, l'Industrie et le Commerce d'autre part. A ce jour, ces structures financières sont privatisées. Toutefois malgré la privatisation, les services financiers ne sont pas accessibles à tout le monde. En effet, les procédures et les conditions d'octroi des crédits sont inadaptées aux besoins et aux caractéristiques socio-économiques des populations pauvres, excluant ainsi une frange importante de la population du système financier formel. Cette exclusion a été aggravée par les faillites successives des services d'épargne postale, de la Caisse Nationale d'Epargne et surtout par l'échec des premières mutuelles d'épargne et de crédit, notamment de la Coopérative d'Epargne et de Crédits (COOPEC). Avant 1990, l'expérience du Congo en matière de Micro finance était limitée. Seules les caisses Mutuelles étaient présentes sur presque l'ensemble du territoire national. Grâce à leurs prestations et surtout à leur proximité, ces structures ont progressivement redonné confiance aux épargnants, d’autant qu’elles ont instauré un type de micro crédit plus adapté aux besoins. Ainsi, un réseau important d’institutions de micro crédit se développe dans le pays, notamment avec le réseau de caisses féminines qui s'installe progressivement sur l'ensemble du territoire, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le Développement. Les produits financiers offerts par ces institutions sont de trois types : (i) services d'épargne ; (ii) services de micro crédit à court terme (c'est-à-dire des prêts d'un petit montant) destinés à la consommation des ménages ; (iii) services de micro crédit à l'investissement pour les micro-entreprises. De ce fait, les institutions de micro crédit constituent un outil adapté qui permet d’améliorer les conditions de vie des populations pauvres, mais très entreprenantes, qui n’auraient été en mesure d'exploiter les opportunités économiques, faute de moyens financiers. Elles peuvent donc contribuer à réduire l'incidence et la profondeur de la pauvreté. 2.2.7. Faible accès à l’habitat Depuis l’indépendance, l'Etat n'a construit que 2000 logements sociaux, hors parc immobilier de l’Etat, et aucun programme de logement social n’a été réalisé depuis plusieurs années. Ce mode de production, peu performant, n’a pas répondu aux besoins des populations. Du coup, le relais a été pris par l’auto- construction, qui a permis la réalisation de quelque 218.000 logements, soit 98% du parc immobilier national. Toutefois, les besoins en logements sont loin d’être satisfaits. Dans les deux plus grandes villes du pays, (B/Ville et P.N), ils sont estimés à 13.550 unités par an pour une offre annuelle de 2.000 logements. En milieu urbain, la situation se caractérise par un forte disparité entre les quartiers des centre-villes qui sont bien équipés et peu densifiés, et les quartiers à concentration populaire élevée, qui sont sous-équipés et très densifiés. En outre, dans les quartiers d’habitat spontané, où l’absence d’équipements et d’infrastructures de base est manifeste (manque d’écoles, de centres de santé, d’eau, d’électricité etc.), les conditions de vie sont très précaires. Enfin, la gestion urbaine reste très approximative (insalubrité, érosion, pollution, etc.). En milieu rural,
outre les zones de conflit où de nombreuses habitations ont été
détruites, le problème se pose essentiellement en termes
de qualité du logement, car les coûts des matériaux
de construction de bonne qualité sont trop élevés
pour les paysans. Les contraintes majeures au développement de
ce secteur sont entre autres : la faiblesse de la réglementation
; l’absence d’une production soutenue de matériaux
de construction et leur coût prohibitif; l’absence de mécanismes
de financement adéquats et le peu d'intérêt accordé
au développement et à l'utilisation des matériaux
locaux. |
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